L’économie est saisie par la fièvre numérique

L’économie est saisie par la fièvre numérique

Accès aux données des fans, essor de l’e-sport, arrivée de nouveaux acteurs : l’heure de la transformation a sonné

La NBA est un modèle de transformation numérique. Depuis le show mondial de la Dream Team de
Michael Jordan aux Jeux olympiques de Barcelone, en 1992, le basket-ball professionnel américain, bloqué dans ses audiences et ses revenus sur son marché national par le football américain et le baseball,
s’est donné un objectif « le monde sinon rien » – et une stratégie « le fan avant tout ».

La Ligue américaine de basket-ball a développé ses propres contenus, à l’origine en VHS, puis, au
fil du temps, sur ses propres plates-formes numériques, a choisi d’alimenter les réseaux sociaux en images et en informations plutôt que de les combattre, a créé ses propres chaînes, sur YouTube dès l’origine, rénové ses stades et offert une multitude de services gratuits à ses fans. Dans le monde de la NBA, un follower est un client. Plus on lui procure une expérience forte, plus il se fidélise, plus on récolte ses données, plus la NBA peut ensuite monétiser l’audience. Ce n’est rien d’autre que le modèle Facebook ou Google appliqué au sport. La NBA, dont le modèle est propriétaire de toutes ses données clients, de toutes ses images et de la plupart de ses moyens de diffusion dans le monde, Chine comprise. Conséquence : elle est en position de force avec n’importe quel annonceur dans n’importe quelle partie du monde.

A l’inverse, la Premier League britannique ou la Ligue française de football professionnel espèrent que les géants du Web seront leurs prochains diffuseurs. Elles ont réalisé que seuls les fameux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) peuvent collecter les données des fans et faire ainsi grimper la valeur de leurs compétitions. Mais, en même temps, elles pourraient voir leur échapper ces données clients : Google et consorts ont besoin des données des centaines de millions de téléspectateurs de la finale de la Ligue des champions ou du match Real-Barça.

Retard pris par les fédérations
Cette irruption du numérique perturbe l’économie du sport. Celle des ligues et des clubs d’abord. S’ils ne savent pas offrir un bon spectacle dans les stades ou sur tous les écrans, ils vont, comme le calcio italien actuellement, devoir revoir leurs droits à la baisse. Celle des fédérations ensuite. Elles ont trop tardé à comprendre les nouvelles attentes en matière de sport : la Fédération française de football vient, quinze ans après l’éclosion du phénomène du football en salle, de signer un partenariat avec UrbanSoccer, l’un des principaux organisateurs. Elle perturbe enfin l’économie des médias, qui voit de nouveaux formats arriver : l’e-sport développe son propre écosystème de jeux, compétitions et retransmissions en dehors des circuits traditionnels. L’e-sport est une économie émergente mais déjà majeure : la finale 2015 du tournoi créé autour du jeu vidéo League of Legends aurait été vue en direct par 36 millions d’internautes. Les quatre semaines de compétition auraient attiré plus de 334 millions de spectateurs.

La France, malgré ses champions et ses start-up, est encore loin de l’engouement et de l’investissement financier des Coréens ou des Chinois. Ce ne sont pas les seules compétitions à échapper aux circuits traditionnels : comme la NBA, la boisson énergétique Red Bull a créé ses propres compétitions, maîtrisant tout, de l’organisation à la retransmission en passant, et c’est le nerf de la guerre, par la collecte des données clients.

Les acteurs du sport ont un défi à relever : les innovations du numérique et les techniques du marketing digital peuvent-elles leur permettre, s’ils les utilisent à leur tour, de ramener vers les sports traditionnels les jeunes qui s’y intéressent de moins en moins ? Nathalie Sonnac, membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel, a bien montré à quel point la corrélation entre la diffusion du sport et sa pratique est forte : entre 2010, année des premières diffusions de matchs, et 2016, les audiences du football féminin ont doublé et le nombre de licenciées a augmenté de 90 %. Mais les 15-25 ans qui préfèrent l’urban soccer, Call of Duty ou League of Legends ne paient pas d’abonnements et ne veulent financer que ce qu’ils aiment – un champion, une équipe, un tournoi –, au coup par coup. C’est là encore un bouleversement profond qui s’annonce pour les diffuseurs et les organisateurs de compétitions.

Maître de la pensée évolutive intelligente

0 Avis

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.