Trump détricote l’ordre mondial

Trump détricote l’ordre mondial

Vu des États-unis: G7, sommet de l’Otan, rencontre avec Poutine… Le locataire de la Maison-Blanche semble poursuivre un travail de sape des fondations du bloc occidental.

L’alliance entre les États-Unis et l’Europe de l’Ouest a accompli de grandes choses. Elle a remporté deux guerres mondiales durant la première moitié du xxe siècle. Après s’être ouverte à ses anciens ennemis, elle a remporté une autre victoire avec la fin de la guerre froide. Elle a contribué à étendre la démocratie et permis à ses populations d’atteindre les plus hauts niveaux de vie que la planète ait connus.
Or, le président américain Donald Trump cherche à détruire cette alliance. S’en rend-il seulement compte ? Qui sait… Nul ne peut entrer dans sa tête ni deviner ses ambitions stratégiques – en admettant qu’il ait des ambitions à long terme. Mais si un président des États-Unis devait ébaucher un plan secret pour faire voler en éclat l’Alliance atlantique, cela ressemblerait fort à ce que fait Donald Trump.
Il commencerait ainsi par afficher sa franche hostilité à l’égard des dirigeants du Canada, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne et du Japon, en leur cherchant des noises sur des sujets sans fondement – non pour obtenir d’importantes concessions au profit des États-Unis, mais dans le seul but de semer la zizanie.

Mensonges.

Dans ce grand projet secret de démolition de l’Occident, les États-Unis se chercheraient de nouveaux alliés pour remplacer ceux qu’ils renient. Le plus naturel de ces nouveaux partenaires serait la Russie, principale rivale en Europe de l’Allemagne, de la France et du Royaume-Uni. Et tout comme ce que fait la Russie, la stratégie américaine de rupture de l’Alliance atlantique passerait par des manœuvres d’ingérence dans la politique intérieure d’autres pays, afin d’y favoriser l’arrivée de nouveaux gouvernements hostiles eux aussi à la vieille entente.

Récapitulons… Tout y est : c’est exactement ce que fait Donald Trump.

Au début de juin, il a délibérément écourté sa participation au sommet du G7 qui se tenait au Québec. Durant sa courte présence sur place, il a cherché la bagarre. Tout le monde a sans doute vu la photo qui montre Trump assis, sourcils en accents circonfexes et bras croisés, face à Angela Merkel et aux autres chefs d’État arborant une attitude implorante.
La principale pomme de discorde de la rencontre du G7 était les barrières douanières imposées par Trump pour des motifs fallacieux. Le président américain dit qu’il ne fait que rendre la pareille à d’autres pays. Mais selon la Banque mondiale, le taux moyen des droits de douane pratiqués par les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France est identique, et s’élève à 1,6 %. Celui du Japon s’élève à 1,4 %, et celui du Canada à 0,8 %. Alors certes, tous les pays appliquent dans certains secteurs des droits de douane contestables, mais ces cas sont limités. Et les États-Unis n’ont rien d’une victime dans cette affaire.
Trump ne joue donc pas franc-jeu dans le domaine commercial, tout comme il a menti sur le lieu de naissance de Barack Obama, sur l’afluence à sa cérémonie d’investiture, sur la fraude électorale, sur les immigrés mexicains, sur l’enquête concernant l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016, sur l’achat du silence de [l’ancienne actrice porno] Stormy Daniels et sur une bonne centaine d’autres sujets. Dans l’affaire des droits de douane, il ne s’agit pas d’un président qui aurait identifié un vrai problème et s’y prendrait mal : Donald Trump met en péril l’Alliance atlantique sur la base d’un mensonge.
S’il vous faut encore des preuves, regardez donc les tweets qu’il a postés après son départ du Québec. Le jour où il a quitté le G7, il a qualifé le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, de “très malhonnête”. Pendant que les injures pleuvent sur Trudeau et d’autres partenaires historiques, Vladimir Poutine, Kim Jong-un et d’autres dictateurs plus ou moins assumés sont couverts de louanges. Trump et son entourage manœuvrent au profit des partis d’extrême droite en Allemagne et ailleurs. Au Québec, le locataire de la Maison-Blanche a justifé l’annexion de la Crimée par la Russie et plaidé pour la réintégration de Moscou dans le G7. “Mais pourquoi parle-t-il comme un présentateur de la chaîne de télévision russe proche du Kremlin ?  Russia Today ?” s’est même demandé le journaliste conservateur Jay Nordlinger.
Je n’ai pas la réponse. Mais il est plus que temps de prendre au sérieux la seule hypothèse crédible qui puisse expliquer le comportement de Trump : il a l’intention de détruire l’alliance entre les Occidentaux.
Peut-être est-ce idéologique : il préfère l’autoritarisme à la Poutine à la démocratie. À moins qu’il n’ait pas de grand dessein et que Poutine ne possède effectivement des renseignements compromettants sur lui. Autre hypothèse : il se plaît simplement à être contre tout ce qu’ont défendu avant lui les autres présidents américains.

Huile sur le feu.

Quelles qu’en soient les raisons, son comportement exige une réaction à la hauteur de la menace. Comme l’a souligné le politologue [américain] Brendan Nyhan, le sommet du G7 a marqué un tournant : “L’alliance occidentale et le commerce mondial commencent à être soumis aux mêmes pressions intenses qu’impose Trump à nos institutions nationales.”
Pour les vieux alliés de l’Amérique, cette réaction implique de renoncer à l’optimisme bienveillant adopté les premiers temps par le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, et par le président français, Emmanuel Macron. La chancelière allemande, Angela Merkel, montre l’exemple : ayant mesuré l’ampleur de la menace dès le début, elle s’est montrée plus ferme, sans jeter inutilement de l’huile sur le feu.

Aux États-Unis, pour les membres du Parti républicain, il s’agit de faire passer leur pays avant leur parti. Quelques-uns, à l’image du sénateur John McCain, ont exprimé leur inquiétude sans détour. Mais les membres du Congrès ont désormais le devoir d’aller au-delà des tweets inquiets. Ils doivent proposer des lois capables d’empêcher Trump de nuire et organiser les auditions nécessaires pour mettre au jour ses motivations.
Pour les électeurs américains, enfin, il s’agit de comprendre les véritables enjeux des élections législatives de mi-mandat du mois de novembre. Ce scrutin n’est pas un simple référendum sur les allégements fiscaux, la réforme de la santé ou le style peu orthodoxe du président. Ce sera un référendum sur la défense d’idéaux américains séculaires dont nous ne sommes que les gardiens.

Qu’entend-on par “Occident” ?
Le mot “Occident” n’a pas toujours eu son acception actuelle. Au Moyen Âge, il était utilisé pour définir le monde catholique, par opposition au monde orthodoxe et musulman. Il est devenu un concept géopolitique au xixe siècle, décrivant alors les puissances européennes et américaine, qui se considéraient comme les héritières du monde gréco-romain, par opposition au reste du monde. C’est après 1945 qu’il se voit doté d’une connotation idéologique encore plus marquée, l’Occident” représentant le “monde libre”
face au communisme. Géographiquement, l’Occident” centré sur le monde anglo-saxon englobe également des pays d’Asie et d’Océanie, comme le Japon, la Corée du Sud et l’Australie.

Maître de la pensée évolutive intelligente

0 Avis

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.